
POLITIQUE - Comme un air de disque rayé. Pour la deuxième fois en quelques mois, Emmanuel Macron va assister, impuissant, à la chute de son gouvernement. Le sort de François Bayrou semble désormais scellé ; il ne fait aucun doute que le Premier ministre tombera le 8 septembre.
Le Président perdra alors son « paratonnerre » et sera, à son tour, mis au pied du mur. Poussé vers la sortie par La France insoumise et le Rassemblement national, Emmanuel Macron sera la cible de mots d’ordre et de pancartes hostiles le 10 septembre, jour de grande mobilisation sociale partout dans le pays.
Déjà, des visuels commencent à fleurir sur le thème « Le 8 septembre, on vire Bayrou ; le 10, on fait tomber Macron ». Mais le plus jeune président de la Ve République en a vu d’autres. En huit ans à l’Élysée, il a déjà affronté tant de vents contraires. Cette fois, à quelques mois de la fin de son mandat, que va-t-il faire ?
La dissolution de l’Assemblée nationale
Emmanuel Macron le répète sur tous les tons depuis des mois : il ne « souhaite pas » recourir à l’article 12 de la Constitution, qui lui permet, « après consultation du Premier ministre et des présidents des Assemblées », de « prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale ». Pour autant, il redit aussi qu’il ne se privera pas par principe d’un pouvoir auquel il a droit. Le 19 août, le Président réaffirmait dans Paris Match sa volonté de ne pas s’en remettre aux urnes : « On a un Parlement qui reflète les fractures du pays. C’est aux responsables politiques de savoir travailler ensemble ».
Mais la chute de François Bayrou étant, depuis, passée par là, la situation politique n’est plus tout à fait la même. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin, proche du couple Macron, qui a été reçu le 13 août au Fort de Brégançon, a osé déclarer qu’il ne fallait « pas écarter » trop vite l’hypothèse d’une nouvelle dissolution. Édouard Philippe, dont les ambitions pour 2027 sont de notoriété publique, a lui aussi affirmé craindre que la dissolution « finisse par devenir inéluctable ». C’est en tout cas le scénario le plus attendu par de nombreux observateurs, qui estiment que le chef de l’État n’a pas d’autre choix. Un avantage : la dissolution braquerait les projecteurs sur le Parlement, laissant un court moment de répit à Emmanuel Macron. Un risque : que cela ne change rien et que l’Assemblée demeure tout aussi fragmentée.
La démission du Président
Cette hypothèse prend de l’épaisseur à mesure que des responsables politiques l’accréditent. Et si la solution à la crise était le départ d’Emmanuel Macron et l’organisation rapide d’une élection présidentielle ? « Il doit accepter d’anticiper sa démission », a attaqué Jean-François Copé le 26 août dans une interview au Figaro. À entendre l’ancien patron de l’UMP, Emmanuel Macron pourrait faire preuve de « gaullisme » à travers ce geste : « programmer sa démission », « s’adresser aux Français et annoncer son départ dans six mois, au lendemain des élections municipales ». C’est aussi ce pour quoi plaident les insoumis. Sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé que « le sujet c’est Monsieur Macron ». « Il doit s’en aller et le peuple français doit choisir entre la politique de l’offre de baisse du prix du travail et la politique de la relance écologique et sociale », a-t-il défendu.
Le principal intéressé balaye cette hypothèse et redit qu’il entend rester président « jusqu’au dernier quart d’heure ». « Ni le tempérament d’Emmanuel Macron, ni la situation du pays et a fortiori les dangers internationaux, ne justifient la démission du Président », observe l’historien Vincent Martigny dans Ouest-France.
La nomination d’un Premier ministre de gauche
Et si Emmanuel Macron se résolvait à donner sa chance au Nouveau Front populaire, arrivé en tête des dernières élections législatives ? Il s’y est refusé par deux fois, arguant que les risques de censure étaient trop importants si Lucie Castets venait à être nommée. Mais après l’échec de deux de ses Premiers ministres, la possibilité est de nouveau sur la table.
C’est en tout cas ce que veulent croire les caciques de gauche. « On doit dire à Macron haut et fort qu’on attend qu’il nomme un Premier ministre du NFP. Les majorités, on ira les trouver », a assuré la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier dans une vidéo mise en ligne le 27 août. Le député LFI Aymeric Caron appelle aussi le Président à « tenir compte, enfin, du résultat des élections législatives » et à « nommer un Premier ministre issu du NFP ». Si Lucie Castets ne fait plus consensus, d’autres noms pourraient être proposés. Reste que l’équation est tout aussi fragile : comment s’assurer que les députés Renaissance, Horizons, MoDem et a fortiori LR et RN ne censurent pas un éventuel gouvernement NFP ?
Même une personnalité en apparence moins clivante comme Bernard Cazeneuve (qui n’a pas soutenu le NFP) a très peu de chance de se maintenir, du fait de l’hostilité de La France insoumise, des Écologistes, des communistes et du RN. D’autant qu’Emmanuel Macron ne semble toujours pas décidé à voir sa politique économique et sociale remise en cause. Or le Premier ministre de gauche qui ne pourrait pas toucher à la sacro-sainte politique de l’offre, ni revenir sur la réforme des retraites ou celle de l’assurance chômage, n’est pas né.
La nomination d’un Premier ministre issu du bloc central
Emmanuel Macron pourrait décider de s’entêter en nommant pour la troisième fois depuis la dissolution un chef de gouvernement issu de son camp au sens large. Le nom de l’actuel ministre des Armées Sébastien Lecornu, proche parmi les proches du Président, revient régulièrement.
Même Gérald Darmanin ou encore Catherine Vautrin sont régulièrement cités. Mais un profil de ce type aurait-il plus de chance que François Bayrou ou Michel Barnier de résister à la censure, dans un contexte où il devra commencer par présenter un budget ?
Le chef de l’État pourrait alors préférer un Premier ministre plus à droite, comme Bruno Retailleau, susceptible de charmer une partie du RN et de l’UDR. Mais prendre à droite ce qu’il perd à gauche n’a aucun intérêt, et Emmanuel Macron en est parfaitement conscient. Le casse-tête ne fait que commencer.
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